En cette Journée mondiale du climat, entretien avec Laurent Adouard, directeur général de la MNT, qui revient sur la stratégie climat de la mutuelle (présentée fin juin 2024, lors de son assemblée générale à Dunkerque). Cette feuille de route vise notamment à réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre, soutenir la transition écologique des parties prenantes, notamment les collectivités territoriales, et prévenir les impacts du changement climatique sur la santé des adhérents.
Pourquoi la MNT s’est-elle dotée d’une stratégie climat ?
En 2024, notre Assemblée générale a porté une ambition forte : assumer notre rôle dans la transition écologique. Cette démarche s’inscrit dans une logique de responsabilité collective, en cohérence avec les engagements des collectivités territoriales. Elle résonne également avec l’approche de santé globale que nous portons au niveau du Groupe VYV, avec une réflexion profonde sur les interactions entre santé et environnement.
La stratégie climat de la MNT est portée comme un axe structurant du développement de l’entreprise et va même jusqu’à interroger parfois la transformation de notre modèle mutualiste, l’évolution de nos métiers et notre positionnement auprès des collectivités territoriales.
Quels en sont les axes principaux ?
Nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux, alignés sur l’accord de Paris : réduction de 42 % des émissions liées à notre fonctionnement interne (mobilité, achats, bâtiments, etc) et baisse de 30 % sur les émissions de nos investissements entre 2023 et 2030.
Le troisième levier est dédié à la protection de la santé des agents face aux impacts environnementaux. Et le dernier porte sur le soutien aux collectivités territoriales dans leur transition écologique.
Pour accompagner ces enjeux, la formation et la sensibilisation sont indispensables. Nous déployons un module de formation commun aux salariés et élus de la MNT afin de leur permettre de mieux maitriser les enjeux liés au changement climatique et à la biodiversité. Avec le Groupe VYV, nous mettons également des contenus à disposition des collectivités, pour contribuer à cette montée en connaissance.
Comment avez-vous élaboré cette stratégie ?
Avant les travaux de construction, en 2023, la MNT avait déjà engagé de nombreuses actions en faveur de l’environnement, forte d’une culture d’entreprise et militante très engagée. Après la réalisation d’un premier bilan carbone, nous avons recensé, cartographié et identifié les objectifs qui permettraient d’engager les transformations nécessaires. Tout au long de ces étapes, nous avons fait le choix de nous appuyer sur la Méthode ACT (Assessing low Carbon Transition) de l’ADEME, nous garantissant ainsi une certaine robustesse dans nos travaux.
En 2024 et 2025, nous avons co-construit les plans d’action avec les salariés, managers et élus de la MNT. Des ateliers ont été organisés dans chaque territoire autour des actions que les élus pouvaient mettre en place. Beaucoup de propositions étaient centrées sur le fonctionnement interne, par exemple sur le covoiturage, la baisse du nombre de réunions en présentiel, etc. Les ateliers menés avec les élus des territoires ultramarins ont également permis d’intégrer leurs contraintes spécifiques, notamment en matière de mobilité. Cela a été un vrai moment d’appropriation et a montré que certains changements étaient accessibles à tous, d’autant plus dans le cadre d’un engagement collectif.
Nous sommes aujourd’hui en phase de déploiement du plan d’action, qui est mis en œuvre progressivement. Nous ferons un point d’étape en 2027 pour vérifier que les plans d’actions suffisent à l’atteinte de nos ambitions.
Où en êtes-vous concernant vos objectifs de réduction des émissions ?
Pour réussir nos objectifs, il faudra un changement global, un travail à 360° sur l’ensemble de nos métiers, depuis la digitalisation des parcours adhérents, la transition vers un parc de véhicules 100 % électrique, les offres de prévention santé environnement, nos pratiques d’achat ou encore notre politique d’investissement responsable. Nous commençons à voir les premiers résultats : entre nos bilans carbone 2023 et 2024, nous atteignons 22,6 % de réduction, sur le cumul fonctionnement interne et investissements. Ce dernier volet a été le plus efficace, compte tenu du poids des investissements et grâce aux critères de pilotage que nous avons intégrés.
La transformation interne prend plus de temps, il faut beaucoup de pédagogie et d’accompagnement. L’objectif est de montrer qu’un certain nombre de solutions et d’actions concrètes peuvent être mises en place sans briser le quotidien, comme le passage à une voiture électrique.
Nos adhérents sont des fonctionnaires territoriaux, notre démarche est donc en lien avec leur engagement au sein des services publics.
Quels outils avez-vous mis en place pour accompagner les collectivités dans leur démarche de transition écologique ?
Nous déployons progressivement une offre de services de plus en plus riche.
En matière d’accompagnement, notre approche consiste à décrire les pratiques et à les partager. Une étude de l’Observatoire MNT vient d’être publiée sur les enjeux croisés entre pratiques managériales et changement climatique.
Le Fonds MNT permet aussi de soutenir l’innovation. Deux projets ont été accompagnés en 2025 : l’un sur la préservation de l’eau à Tours, l’autre sur l’éducation populaire à la transition écologique à Dunkerque.
Nous sommes également partenaires de Collecticity, dont l’une des activités est de financer, via du crowdfunding, des projets des collectivités territoriales, notamment des actions de transformation écologique. En matière de « santé environnement », nous avons un partenariat avec Kompan (leader mondial des aires de jeux et de fitness extérieures, ndlr).
Comment intervenez-vous en matière de santé environnementale ?
Nous sommes dans une logique de santé publique, avec une préoccupation écologique globale. Nous déployons plusieurs actions de sensibilisation qui font le lien entre santé et environnement : qualité de l’air, de l’alimentation et des produits utilisés au quotidien. Nous mettons également des outils à disposition des collectivités, comme un Serious Game.
Nous avons aussi développé des compétences importantes en matière de prévention des risques liés au changement climatique, notamment en situation de fortes chaleurs alors qu’une grande partie des effectifs des collectivités travaillent en extérieur. L’accompagnement peut aller jusqu’à aider la collectivité dans l’établissement de son document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
Des plans nationaux santé environnement ont aussi été bâtis par les pouvoirs publics, mais ce n’est qu’un début. Nous sommes en co-construction avec les collectivités sur les sujets sur lesquels elles ont envie d’agir. La MNT se consacre à la protection sociale des agents, nous devons donc trouver le moyen de compléter les politiques RH, sans nous substituer aux collectivités ni sortir du cadre de notre mission.


