dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

Dans une certaine invisibilité, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé la semaine dernière le lancement d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé.

Cette nouvelle feuille de route gouvernementale est présentée comme « une riposte » aux fake news pullulant sur les réseaux sociaux, mais aussi… dans les médias nationaux. Or, si l’objectif poursuivi est tout aussi louable qu’essentiel, la stratégie définie pour gagner cette guerre du fond et de la forme laisse circonspect.

Il faut dire que la notion « d’ennemi invisible » semble très appropriée quand on cherche à savoir qui se cache derrière la cohorte d’opinions dénonçant ce qu’ils présentent comme des mensonges médicaux ou colportant de farfelues thèses flirtant très souvent avec le complotisme. Pour tenter de juguler l’expression de ces « sachants » d’un autre genre, l’arsenal dévoilé par l’Exécutif détonne par son classicisme : conférence citoyenne, création d’observatoires… Un air de déjà-vu, dirons-nous. Comme si la problématique de la désinformation relevait des mêmes codes que ceux de l’accès aux soins ou du reste à charge des patients. À maux structurellement différents, il faudrait des recettes évidemment différentes. Le traitement, repoussé à un horizon plus long éloigné, de l’éducation à la santé des enfants est en cela assez navrant. Alors que c’est dès aujourd’hui que le « paquet » doit être mis dans les programmes scolaires. En la matière, des exemples européens réussis en la matière existent.

Pour aller plus au fond des choses, on devrait lier des messages d’information et d’éducation à la santé à l’énoncé d’une vision dynamique et responsable des enjeux de santé. L’un ne va pas sans l’autre. On ne peut durablement pas demander à la population de s’éloigner des fake news sur la science, la médecine et plus largement la santé, sans, de manière corollaire, agir sur l’organisation du système et les responsabilités de chacun, que l’on soit acteur professionnel ou usager. Tout cela croise une dernière question, celle sur la fracture culturelle sur le soin. Nous ne sommes pas tous égaux s’agissant de l’état de santé, l’accès aux soins et la compréhension des choses. C’est aussi cela une priorité absolue pour donner du sens à l’action publique.


Illustration : Freepik
Articles récents

Tapez votre recherche et pressez ENTREE pour la valider