dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

ESE consacre, dans ce numéro, un dossier sur le nouveau paysage du médicament à l’international et ses répercussions sur le marché français.

Outre les conséquents enjeux économiques, industriels et politiques impliqués par le changement de paradigme s’opérant actuellement, la problématique du devenir de notre souveraineté sanitaire se pose. Or, il semblerait qu’une prise de conscience collective ne s’est pas encore opérée face à la perspective de cette menace.

Dans la tumultueuse relation entre l’État et les laboratoires, le « pompon » est sans contestation possible, les séquences entre les conseils stratégiques des industries de santé (ou CSIS), réunissant industriels et tête de l’Exécutif, et les PLFSS. Dans un premier temps, les promesses et la perspective d’un nouveau départ. Et de l’autre, dans les semaines suivantes, de nouvelles taxations et/ou une révision du périmètre réglementaire. Le plus souvent dans l’optique de normer davantage. Bref, cette télénovela française est parfois des plus complexes à suivre. Or, dans le reste du paysage mondial du médicament, les choses bougent… et vite.
Là où se niche à la fois le dilemme et la mutation de la politique française du médicament, c’est dans le maintien d’un périmètre de remboursement le plus large au monde, quitte à soutenir des produits anciens appelés « matures », porteurs de nombreux sites industriels territoriaux et la prise en charge des innovations de rupture pour traiter des pathologies majeures, vieillissement populationnel oblige, comme le cancer et le diabète. Plus de 75 % des 20 premiers produits remboursés s’opèrent sur des innovations non françaises aux coûts élevés. Comment trouver alors un équilibre durable conciliant le tout remboursement « à la française » et l’impératif d’ouvrir davantage l’accès à l’innovation thérapeutique ? Lesquelles nous échappent (hélas !) pour ce qui touche à leur origine et leur pesée financière…

Beaucoup d’experts s’attendaient à ce choc. Il est là ! Et cela constitue un casse-tête permanent pour les décisionnaires. S’y ajoute le transfert de compétences des prescriptions provenant de la médecine de ville vers l’hôpital. À la clé, une possible réorganisation des soins dont on ne mesure pas assez l’impact. Les soins généralistes de ville perdent à nouveau du terrain au profit d’équipes hospitalières chargées de compétences accrues. Au total, la question du médicament ressemble à cette pelote de laine dont on veut seulement tirer un fil, oubliant qu’elle se dévidera inexorablement.


Illustration : vectorstock
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