Dans un rapport publié hier, la Cour des comptes se penche sur les modalités de prévention et de prise en charge précoce du diabète.
En 2023, 3,8 millions de personnes étaient traitées pour un diabète, pour une très grande majorité de type 2 (92 %). Cette forme de diabète connaît, depuis plusieurs années, une forte croissance, en lien avec le vieillissement de la population et l’augmentation de l’obésité. Le nombre de personnes prises en charge pour cette maladie est ainsi passé de 3,5 millions en 2015 à 4,3 millions en 2022. La dépense totale, s’élevant à 10,2 Md€ en 2022, représente 5,3 % de l’ensemble des dépenses d’AMO. Il s’agit par ailleurs de la maladie chronique pour laquelle les inégalités sociales sont les plus marquées : le risque de la développer est 2,8 fois plus élevé pour les 10 % les plus modestes de la population que pour les 10 % les plus aisés.
Dans leur rapport, les Sages de la rue Cambon insistent sur la nécessité de développer à la fois le dépistage et l’éducation thérapeutique. Près de 30 % des personnes nouvellement prises en charge présentent une maladie déjà avancée, alors que le diabète peut être détecté de façon précoce. La Cour recommande de s’appuyer sur le dispositif «Mon bilan prévention», pour mettre en place
. Elle rappelle par ailleurs l’existence de nombreux dispositifs de parcours de soins, comme le programme Sophia de l’Assurance Maladie, le dispositif Asalée, ou encore des programmes d’éducation thérapeutique financés par ARS sur le fonds d’intervention régional (FIR). Toutefois, la juridiction évoque des initiatives qui «restent ponctuelles ou expérimentales, hétérogènes entre les régions, et font l’objet de financements ad hoc, souvent disparates». Dès lors, elle estime «plus pertinent, pour garantir un accès équitable à l’accompagnement thérapeutique», de proposer à chaque patient lors du diagnostic un parcours ou un panier de soins intégrant éducation thérapeutique et activité physique adaptée. La LFSS 2021 prévoyait une expérimentation en ce sens (financée par le FIR) mais le décret d’application n’a pas été publié…
Plus globalement, une des recommandations de la Cour vise à «introduire pour le diabète de type 2 deux niveaux de reconnaissance en ALD selon le niveau de sévérité et de complication». Un panier de soins non médicamenteux pourrait ainsi être intégré dans un premier niveau de l’ALD 8 (concernant les patients inscrits dans le régime des affections longue durée au titre du diabète), tandis que l’exonération de ticket modérateur serait recentrée sur un second niveau. La mission IGAS-IGF qui s’était penchée précédemment sur cette hypothèse a chiffré les économies potentielles à 115 Ms € si la réforme s’appliquait à tous les bénéficiaires, soit 934 052 personnes (sur les 3,3 millions de patients en ALD 8).
La Cour des comptes appelle également à agir sur les «déterminants globaux». Elle souligne ainsi que l’affichage nutritionnel, l’encadrement de la publicité et la taxe sur les boissons sucrées, «reposent encore largement sur le volontariat des acteurs et mériteraient de devenir plus contraignants». Le levier de la taxation comportementale est également évoqué.


