dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

À l’aune de ce numéro dédié aux enjeux de protection sociale derrière les prochaines élections municipales, deux faits récents nourrissent le vieux débat sur la qualité de notre démocratie sociale. D’abord, notons l’intention gouvernementale de rattacher directement les ARS aux préfectures, régionale et départementale, au nom de la décentralisation… quitte à faire davantage de place aux élus locaux en lieu et place des représentants des usagers. Drôle de conception du rééquilibrage, dirons-nous. Second fait, la publication il y a quelques semaines de l’ouvrage collectif « Sauver la démocratie sociale », animé notamment par Gilbert Cette, économiste et par ailleurs président du COR. Au passage, avec un risque de confusion réel, étant donné les propos tenus dans le livre à l’endroit des organisations syndicales.
L’ouvrage se veut très critique sur l’état de la démocratie sociale française : trop politisée, atomisée, autocentrée sur le refus des réformes et pratiquant une culture contestataire tous azimuts…. Placés dans le même sac, patronats et syndicats en prennent pour leur grade. Le monde étant imparfait, en France comme ailleurs, tout n’est pas faux dans cet ouvrage.
Mais, avec le recul, plusieurs constats méritent d’être rappelés. Si la France syndicale est trop divisée, la France politique l’est davantage. Le Parlement français est-il un exemple de démocratie politique ? Nos élus, légitimes certes, sont-ils à la hauteur des exigences des temps présents et à venir ? Passer cinq minutes à écouter les échanges en commission, ou en hémicycle, finissent par nous en faire douter. Pis encore, la dépossession des partenaires sociaux de leurs responsabilités, entamée bien avant l’ère Macron, au profit des élus politiques, a affaibli les corps intermédiaires raisonnables.

Le « mauvais » état de notre démocratie sociale reflète celui du pays. Perdure encore dans notre culture l’idée d’un « toujours plus » possible aux dépens d’autres. La solution à ces maux n’est autre que l’impératif d’une vigoureuse décentralisation. Si, et seulement si, elle implique un réel partage des responsabilités. Les nations qui réussissent cette forme de pacification du débat public se portent moins mal. Pourquoi pas nous, alors ?


Illustration : Freepik
Articles récents

Tapez votre recherche et pressez ENTREE pour la valider