dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

D’habitude séculaire, on s’est nourri du principe immanent que cohabitent deux France.

Celle des élites, forcement arrogantes, si ce n’est inefficaces et celle du peuple brimé, qui a toujours raison. Nos historiens et sociologues en ont fait leurs choux gras. Début 1980, on a même introduit le concept des trois France. Faite d’une juxtaposition kaléidoscopique d’une France politique, d’une seconde sociologique et d’une troisième culturelle. Puis, plus récemment, des travaux de qualité ont mis en exergue l’éruption d’un archipel national, complexe au demeurant couplé avec une désertification économique et sociale territoriale.

S’agissant des enjeux sociaux et de protection sociale, cela mérite toutefois un éclairage particulier car les exemples d’incongruité pullulent.
Le récent rapport de la Cour des comptes, solide comme de nombreuses expertises publiques, sur les défaillances de la politique vaccinale est un concentré des contradictions nationales. D’un côté nous avons des magistrats, soutenus en cela par quelques grandes institutions scientifiques, qui alertent sur les retards de prévention, sur les reculs aux dommages sanitaires intolérables parce qu’évitables de principe. Et ce, au pays de Pasteur et de Curie ! En second, nous avons une classe politique qui, par faible intérêt si ce n’est ignorance, voire cynisme, ne relaie guère le message des experts. Surtout, ne pas se fâcher avec son électorat… Enfin, une opinion publique toujours clivée avec ce fond significatif de personnes réfractaires et hostiles à la prévention. Au final, et ce n’est guère mieux, des médias qui, hélas, privilégient le spectacle aux dépens du fond en caricaturant les réalités et les enjeux, tenaillés par le souci de ne pas être totalement débordés par les réseaux sociaux radicalisés.

Nous parlons ici de vaccination et de prévention.

Ces constats se dédoublent sur la quasi-totalité des sujets censés faire l’objet de débats en profondeur d’ici mai 2027. Sur la dette, les déficits, les retraites, la fameuse « règle d’or », le pouvoir d’achat, etc. Toujours la caricature des réalités, des enjeux et dans les solutions. Sur la situation financière du pays, certains annoncent des économies en dizaines, voire en centaines de milliards d’euros, afin d’éviter le naufrage économique qui nous guette. Sans pour autant documenter sérieusement le propos qui relève alors d’une démagogie d’un autre temps. Mais les mêmes poussent des cris d’orfraie à l’idée d’économiser quelques centaines de millions d’euros sur les dépenses de la Sécu de 2027 pour alléger quelque peu l’abysse sans fin des déficits à venir.
Quatre France en réalité. Qui ne se croisent guère. Chacun dans son couloir d’intérêts et tant pis pour la qualité démocratique de notre vie publique.

 

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