Près d’un patient sur trois pris en charge pour une opération dans les hôpitaux de l’AP-HP n’a possiblement pas bénéficié d’une check-list complète a révélé la cellule investigation de Radio France en fin de semaine dernière.
Ce document vise à améliorer de manière significative «les complications péri-interventionnelles», précise la Haute autorité de santé (HAS). Outil d’amélioration des pratiques, mais aussi de gestion des risques, il permet le partage des informations essentielles relatives au patient et également «de vérifier les points critiques avant, pendant et après toute intervention chirurgicale». Depuis 2010, les check-lists opératoires sont obligatoires pour tous les établissements, dans le cadre de la procédure de certification.
Mais d’après un rapport confidentiel des Hôpitaux de Paris (révélé par le Canard Enchaîné et consulté par Radio France), sur 194 000 interventions pratiquées l’année dernière à l’AP-HP, une check-list sur trois dysfonctionne soit 58 200 patients concernés. Et aucune check-list n’est retrouvée pour 2 000 interventions.
L’enquête démontre aussi de fortes disparités selon les établissements, avec notamment 43% de documents incomplets à l’Hôpital Cochin, ou 57% à l’hôpital Avicenne (Bobigny). Dans sa réponse à Radio France, l’AP-HP souligne que «ces données s’appuient sur des indicateurs issus d’un outil informatique en cours d’automatisation et d’évolution». En outre, celui-ci «ne couvre pas l’intégralité des activités des blocs opératoires de l’AP-HP». Le navire amiral francilien ajoute enfin qu’une check-list est considérée comme incomplète «dès lors qu’il manque une réponse à une question ou un signataire». Dans un communiqué publié vendredi après-midi, il précise ainsi : «30 % des check-lists tracées s’avèrent incomplètes, au sens où au moins un des 25 points de contrôle n’a pas été renseigné, principalement, pour 87 % des anomalies, sur les items post-opératoires».
Les check-lists ont largement prouvé leur efficacité pour réduire le risque d’événements indésirables associés aux soins (EIGS). L’année dernière, 4 630 ont été déclarés au total par les professionnels de santé et transmis à la HAS, soit une hausse de 13 % par rapport à 2023. Toutefois, celle-ci n’indique pas une augmentation des EIGS, mais «reflète plutôt une meilleure connaissance du dispositif national de déclaration» et «traduit également une évolution de la culture de sécurité des soins», précise l’autorité indépendante. Malgré cette progression, ils restent encore très largement sous-déclarés. Certains peuvent être dramatiques. La cellule investigation de Radio France évoque ainsi le cas d’un homme qui s’est vu retirer par erreur un rein sain au lieu de l’organe atteint d’une tumeur cancéreuse. Dans son communiqué, l’AP-HP, précise cependant que sur l’ensemble des interventions chirurgicales de ses établissements, 60 ont fait l’objet d’une déclaration d’événement indésirable grave, en 2024.
«Dans les dossiers d’erreurs médicales, on demande toujours la check-list, mais le nom du coordonnateur est souvent illisible ou non signé. Cette check-list est reconnue au plan international comme étant un élément majeur de sécurité des patients. Nous pensons qu’il faudrait, comme en sécurité anesthésique, un dispositif qui s’impose de droit et soit opposable pénalement et civilement », observe, auprès de Radio France, Claude Rambaud, vice-présidente de France Asso Santé, qui avait participé en 2010 à la commission de la HAS introduisant la check-list au bloc opératoire.


