dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

ESE consacre l’événement de ce numéro printanier à l’hospitalisation à domicile (HAD). Trop méconnu encore, ce dispositif se révèle être assez symptomatique des potentialités et des exaspérations caractéristiques de notre système de santé.

On a beau tourner la problématique dans tous les sens, tout semble concorder sur le fait que l’HAD est vectrice d’efficience en présentant un bien meilleur rapport qualité/coût qu’une hospitalisation classique. Se pose alors une question : pourquoi n’en faisant nous pas plus alors que près d’un tiers des hospitalisations seraient transposables au domicile du patient ?

La conception même de la notion d’hôpital « hors les murs » perturbe un écosystème qui s’est construit depuis un demi-siècle sur le tandem soins aigus/lits d’hospitalisation. Autant dire que l’HAD vient ébranler l’édifice. Pis, face aux atermoiements des décideurs, et faute d’avoir investi massivement dans ce dispositif dès lors qu’il émergeait et se structurait, on ne peut que constater que le secteur privé a fait main basse sur ce marché à fort potentiel. Ou comment transformer un possible relais de croissance interne en un coût externalisé. On marche sur la tête.
La dimension culturelle ne saurait (encore une fois) être minimisée. Silos, enclos, territoires… choisissez le mot qui vous conviendra le mieux. N’en demeure pas moins que là où notre pays est passé maître dans l’art de dresser des frontières entre chaque parcelle du paysage sanitaire et médico-social, nos voisins européens, apôtres de la déconcentration, s’évertuent de leur côté à les faire tomber. Résultats des courses, l’hospitalisation, les soins chroniques et le maintien à domicile tendent à ne faire qu’un chez eux dans une logique de prise en charge élargie mêlant les dimensions médicales et sociales. Le tout en donnant une réelle dimension d’acteur proactif au patient. Du bon sens, non ?

Cette réalité doit encore une fois faire office de piqûre de rappel : il nous faut totalement régénérer et repenser l’hôpital public. Quitte à accepter d’aborder les sujets qui fâchent. Et, ils sont nombreux. Car oui, la question de la diminution et d’une plus grande spécialisation de nos établissements mérite d’être débattue sereinement sans démagogie. Une démarche à corréler à une autre révolution organisationnelle, celle de la médecine de ville. Si tout ceci relève du poncif, cela aura au moins le mérite de nous sortir du sempiternel discours de « l’hôpital se meurt » si doux aux oreilles de nos élus et de nos médias.


Illustration : vectorstock
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