Ces dernières années, à l’occasion de la présentation estivale du rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale, il devenait presque de coutume de constater que les déficits de fin d’exercice seraient moins pires qu’anticipés. Avec à la sortie, une communication de satisfecit gouvernemental toujours plus déconcertante. Or, cette fois-ci, la tendance s’inverse avec une dégradation de déficit d’environ 20 % par rapport à la projection faite dans la LFSS 2026. Il y a donc de quoi être inquiet, voire en colère, car ce scénario était hautement anticipable à la vue d’un texte budgétaire dénué de sens des responsabilités. Le dernier rapport de la Cour des comptes ne nous contredira pas sur ce point.
Faute d’un alourdissement des cotisations sociales ou d’une relance miraculeuse de l’activité économique en vue de doper les rentrées de recettes, espoir utopique au regard du contexte international, le seul levier est la maîtrise des dépenses. N’en déplaise à nos futurs candidats présidentiels toujours prompts à promettre le « toujours plus d’Ondam » à qui voudra l’entendre. À leur décharge, n’est-ce pas là notre modus operandi réflexe sur la dernière décennie ? 100 % santé, Ségur de la ville et du numérique, négociations conventionnelles… les différents gouvernements qui se sont succédés, avec le concours de l’Assurance Maladie, ont créé les conditions d’un secteur autant inflationniste qu’incontrôlable. Les milliards de revalorisations accordés, certes dans certains cas indispensables, n’ont ni été financés ni n’ont fait l’objet d’engagements opposables sur résultat (hausse du volume d’activité, pertinence des actes, prévention…). Des constructions open-bar qui se révèlent, sans surprise, être des trappes pour les comptes de la branche Maladie. Pouvait-il raisonnablement en être autrement quant à défaut de maîtriser rigoureusement la dépense médicale, on en appelle systématiquement au bon vouloir et à l’esprit de responsabilité collective des acteurs ? Tout ceci devient risible.
Or, en miroir de ce décrochage, un sentiment de ras-le-bol perdure chez des millions de citoyens peinant de plus en plus à trouver un rendez-vous chez un médecin. Une entorse fondamentale au principe constitutionnel de garantie d’accès aux soins qui passe globalement sous silence, hormis quelques sursauts, ici ou là. Ne serait-ce finalement pas cela la plus insoutenable des injustices ?

