Dans ce monde anxiogène au possible, les bonnes nouvelles se font rares.
La cuisante défaite de Victor Orban, dimanche dernier, aux élections législatives hongroises en est une. Malgré le soutien explicite de l’Oncle Sam et du « tsar » de Moscou, le champion poids lourd de l’anti-UE, y compris quand il bénéficiait largement de ses subventions, est désormais à terre.
Trop longtemps, la gouvernance européenne, certes imparfaite à maints égards, s’est retrouvée empêchée face à un pays qui, sous l’injonction de ses « influenceurs », n’a eu de cesse au cours de ces dernières années de freiner, voire carrément de torpiller, toute initiative poussant à renforcer structurellement nos fondations communes. Et ce, sans mentionner, le dossier ukrainien. Du côté de Bruxelles, à défaut de sabrer le champagne, c’est peu dire qu’on accueille avec un certain soulagement la défaite de la tête de gondole de l’Europe des nations et du recul de droits fondamentaux, comme l’IVG ou l’indépendance de la justice. Certes, ne soyons pas naïfs, Péter Magyar, le nouveau Premier ministre, n’est pas à ranger dans la catégorie des réformistes ou des progressistes. Notamment, sur le plan social. Mais par les temps qui courent, toute victoire sur le repli sur soi est bonne à prendre.
Ce renversement de table ne peut, et ne doit pas, se suffire à lui-même. Nos dirigeants européens doivent désormais se ressaisir en prenant conscience que l’émergence d’une troisième voie (ou voix, c’est selon) mondiale, en dehors des USA et de la Chine, ne se décrète pas, elle se construit. Et ce, tout autant qu’elle devra s’imposer dans ce monde où les rapports de force régissent désormais les équilibres internationaux. Sans minimiser non plus, les défis démographiques et sanitaires s’annonçant à terme.
De notre côté, voir les scènes de liesse d’une majorité du peuple hongrois criant à tue-tête « vive la démocratie ! vive l’Europe ! » doit nous rappeler que cette vision imaginée en son temps par Schuman et Monnet, et que nous avons contribué à bâtir depuis près d’un demi-siècle, est un bien aussi précieux que fragile. À coup sûr, la prochaine campagne électorale s’emploiera à l’abîmer. Parfois même, à la violenter. Impuissants devant cela, nous ne formulerons qu’un souhait : qu’on ne nous la casse pas au bout du bout.
* Budapest libérée, Europe libérée ?

