Les premières sorties d’un nouveau Premier ministre relèvent toujours d’une certaine symbolique. Sébastien Lecornu a pour sa part opté pour un centre de santé. Le geste a pu surprendre car à la fois nullement anticipé, mais aussi, car en décalage avec les sujets budgétaires faisant la une de l’actualité. L’annonce de la création d’un réseau de 5 000 centres de santé de proximité labellisés par l’État a, quant à elle, pris beaucoup de monde à contre-pied. Cette démarche pourrait se révéler être loin anecdotique.
Faut-il y voir une volonté gouvernementale de reprendre la main sur l’organisation de l’accès aux soins vis-à-vis d’un binôme CNAM/médecine libérale tardant à produire des résultats à la hauteur des attentes et besoins des populations situées dans les zones les plus fragilisées du territoire national ? Le postulat peut sembler un peu exagéré, mais il dénote tout de même d’un sentiment que les efforts fournis jusqu’ici se sont avérés peu productifs. CPTS, assistants médicaux, forfaits ROSP, journées de solidarités, aides à l’installation… beaucoup de créations, un zeste d’innovation, pour au final une mobilisation qui déçoit aux vues des conséquents efforts financiers consentis.
Sur le terrain, l’impatience, que dire le sentiment d’exaspération, continue de grandir. Face aux limites des réponses imaginées depuis les organes centraux, les élus locaux agissent. Le département de la Saône-et-Loire, choisi par le Premier ministre, est symptomatique de cette nouvelle façon de vouloir concilier maillage médical et bassins de population. De multiples centres de santé s’y ouvrent démontrant au passage qu’un autre modèle de fonctionnement salarié et collectif peut très bien trouver sa place dans un paysage médical français historiquement déchiré entre son hôpital et sa médecine de ville libérale. Alors entendons-nous, tout n’est pas parfait, loin de là. Mais au moins, les choses bougent et elles ont le mérite de redynamiser des territoires qui, jusqu’à peu, semblait condamner à devenir des déserts médicaux.
En ce sens la volonté de créer un pendant sanitaire aux maisons France Services, un dispositif qui fonctionne au passage, peut être saluée. Après tout, une majorité de nos voisins européens ont depuis longtemps opté pour sur ce modèle. Sans que leurs usagers s’en plaignent d’ailleurs. Par les temps qui courent, l’exécutif s’en contenterait bien.


