Dans un rapport publié en fin de semaine dernière la Cour des comptes évalue la pertinence et la faisabilité de la délivrance de médicaments à l’unité. Ces travaux font suite à une question du public sur la plateforme de participation citoyenne de l’institution.
En France, la délivrance à l’unité reste une exception en ville. Elle est obligatoire pour la vente de stupéfiants (comme les produits à risque d’addiction ou les anti-douleurs puissants) et de produits exposés à des difficultés d’approvisionnement sur décision des autorités sanitaires, depuis l’année dernière. Cette dispensation est également possible depuis 2022 pour la vente d’antibiotiques, pour lutter contre le gaspillage et l’antibiorésistance. Au total, les produits délivré à l’unité n’ont représenté que 0,08 % des dépenses de médicaments en ville, en 2024. «Le mode de rémunération des pharmaciens n’a pas été adapté à ce mode de délivrance. Il reste assis sur le conditionnement à la boîte et les logiciels utilisés par les pharmaciens ne permettent pas d’assurer une gestion efficace de cette délivrance», rappelle la Cour. Et la rémunération supplémentaire associée «n’a pas eu l’effet incitatif attendu». A l’hôpital en revanche, la délivrance à l’unité est systématique.
Le champ de la délivrance à l’unité, limité aux comprimés et gélules, pourrait représenter 52 % du nombre de boîtes de médicaments vendues en officine et 15 % de la dépense de médicaments délivrés en ville (soit 4,5 Mds €). Dans une étude de 2017, l’Inserm avait identifié un gain possible de 10 % des quantités pour les antibiotiques en cas de délivrance à l’unité. En extrapolant à l’ensemble des médicaments qui pourraient être concernés, ce taux permet d’estimer à environ 450 Ms € le gain financier. Mais une généralisation représenterait des coûts «élevés et de nature, selon les médicaments, à annuler les gains issus de la réduction des quantités délivrées» et présente des «risques sur les plans organisationnels, financiers et humains». Dans une transition vers le modèle britannique ou néerlandais, associant conditionnement à la boîte et délivrance à l’unité manuelle, les nouvelles tâches mobiliseraient ainsi 5 à 10 % des moyens humains actuels des officines.
Dès lors, la Cour plaide plutôt pour une «délivrance à l’unité pour certains produits, comme l’un des leviers au sein d’une stratégie plus globale de juste délivrance des médicaments». Celle-ci pourrait inclure une adaptation du nombre de doses contenues dans les boîtes, la possibilité pour les pharmaciens de limiter la quantité au démarrage d’un traitement chronique (dans le cadre de l’élargissement de leurs missions) ou de juger de l’opportunité de délivrer une nouvelle boîte en cas de prescription portant la mention «en cas de besoin». Par ailleurs, «l’élargissement de la pratique de la délivrance à l’unité aux situations où elle est la plus nécessaire exige que la tarification à la boîte soit complétée par la fixation d’un tarif de la dose à l’unité».


