dans POLITIQUE DE SANTÉ

Interview du docteur Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins généralistes MG-France.

Vos premiers constats sur la mobilisation des médecins généralistes face au Covid 19 ?

Nous sommes évidemment en première ligne. Ce qui m’a étonné au début de la crise, c’est que cette évidence ne fut pas portée par le gouvernement et les services de l’Etat. De leur point de vue, il n’y avait que le 15 et les services d’urgence hospitalier.
Les choses rentrent dans l’ordre progressivement mais on a perdu du temps. Prenez la question des masques, elle incarne bien le problème. Les messages furent incohérents; les recommandations contradictoires. D’où les conséquences de saturations des urgences pour des patients qui pouvaient être pris en charge d’abord en soins ambulatoires.
Nous avons interpellé le ministre de la Santé, Olivier Véran, pour « rectifier le tir ». Ce qui fut fait. Désormais les messages sont clairs.

Les cabinets de médecine générale ont perdu des patientèles ?

Cela a pu atteindre le seuil de 50%. Les messages publics doublés par la peur des patients d’un risque de contamination en cabinets ont joué. Mais l’ouverture des règles et des modalités de la téléconsultation compense, en partie, cette situation. Avec la prise en charge à 100% et le mécanisme du tiers-payant, une vieille revendication de MG-France, les choses sont simplifiées et efficaces. J’ajoute que la concertation et la coordination entre les professionnels de terrain fonctionne bien dans l’ensemble, coté des infirmiers libéraux (Idel) et des pharmaciens.

Concrètement, que font les généralistes ?

Nous créons au maximum des centres Covid 19, des lieux dédiés à l’accueil de patients atteints ou susceptibles de l’être. De la sorte, nous séparons les personnes à risque des autres pour les soins courants autres que l’épidémie. Les soins primaires sont la première marche de l’édifice de la prise en charge. Le présentiel médical qu’il représente est primordial. Même le Conseil scientifique rattaché au Président de la République affirme cette nécessité.
Peu à peu la chaîne de soins s’organise.

Quelles perspectives ?

Comme tout le monde, nous espérons sortir au plus vite de cette crise. Mais, il faut préparer la suite. Il est clair que le déconfinement (la phase 4 de la crise) sera un défi énorme car la population est faiblement immunisée. Selon notre enquête, au maximum 3% de la population française pourraient être immunisés grâce à leurs anticorps.
En priorité, une mobilisation s’impose sur le dépistage sérologique. Il faut aussi assurer le suivi des patients guéris notamment après un séjour hospitalier, traiter les questions de précarité que la crise accroît, favoriser la prévention et les substituts aux applications numériques pour ceux mis à l’écart, les bons réflexes de santé. Bref, opérer un travail en profondeur sur les fragilités sanitaires du pays. Et mettre la médecine, l’organisation des soins à l’endroit.
Cessons ces conceptions de nos organisations « hors sol » ! Et puis, nous aurons à faire face aux demandes de soins, aujourd’hui différées pour cause de Covid 19.

Vos rapports avec l’Assurance maladie dans cette période ?

Les relations avec l’Assurance maladie ont progressé en efficacité et en qualité. Puissent-elles durer… Il faudra traiter la question de la compensation des pertes de revenus compte tenu de la fermeture de certains cabinets et de la chute d’activité.

 

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