L’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (AMF) et la Mutualité Française ont présenté le 20 novembre dernier la 3ème édition du Baromètre santé-social, au Congrès des maires de France.
«Ce Baromètre montre sur l’accès effectif aux soins que la situation qui s’était dégradée malheureusement ne s’améliore pas au contraire. La proportion de personnes qui ont dû différer ou renoncer à des soins a encore progressé de trois points cette année», a alerté Eric Chenut, président de la Mutualité Française en présentant ces résultats. En tout, 65% de la population déclare désormais avoir dû renoncer des soins au cours des 12 derniers mois. En outre, 87 % des Français vivent dans des déserts médicaux, et 6 millions n’ont pas de médecin traitant, soit près de 10 % de la population, dont environ 400 000 personnes en ALD, rappelle le Baromètre qui s’appuie sur des indicateurs issus de sources publiques ainsi que sur des études réalisées pour la Mutualité Française (le Carnet de santé de la France, notamment).
Le nombre de généralistes rapporté à la population reste stable à 146 pour 100 000, mais cette moyenne masque de profondes disparités selon les territoires. Les Hautes-Alpes concentrent la densité la plus importante de praticiens à 288 pour 100 000, suivies par Paris (240) et la Savoie (211). A l’opposé Mayotte ne comprend que 39 omnipraticiens pour 100 000, contre 46 en 2023. En métropole, l’Eure-et-Loir a la densité la plus faible : 84 pour 100 000.
En revanche, la permanence des soins reste stable, avec un taux de volontariat des médecins généralistes à 39 %. Le niveau reste toutefois largement inférieur à celui de 2012 (73% ). Parmi les initiatives communes en matière d’accès aux soins mises en lumière, le «Buccobus» de la Mutualité Française Haute-Saône en lien avec l’AMF 70 vise à favoriser l’accès aux soins dentaires dans les petites communes des zones rurales depuis février 2025 et en priorité auprès des publics fragiles et éloignés du système de soins.
Alors que la santé mentale a été érigée grande cause 2025, le Baromètre intègre cette année un indicateur dédié. Au total, 20 % de la population est touchée par des troubles psychiques chaque année, soit 13 millions de personnes. La situation particulièrement préoccupante des jeunes est en particulier relevée. En moyenne 25 % des15 à 29 ans présentent des signes de dépression. «Il y a une vraie inégalité face à ces troubles selon là où on se situe, en ville, à la campagne, en métropole outre-mer, dans certains départements français par rapport à d’autres», a pointé Daniel Fasquelle, maire du Touquet (qui figurait également parmi les trois experts du groupe de travail consacré à la santé mentale, lancé par l’ex-Premier ministre Michel Barnier). En outre-mer, la proportion de jeunes présentant des signes de dépression grimpe ainsi à 39%. Et les psychiatres sont en nombre insuffisant pour répondre à ces besoins colossaux, la France en compte 15 874 en exercice, mais avec des écarts entre les départements de 1 à 14. Dans la Meuse la densité atteint 7 pour 100 000, quand elle s’élève à 103 pour 100 000 à Paris. En établissements, 7% des lits de psychiatrie étaient fermés en 2023 faute de médecins. La situation s’avère encore plus critique pour la pédopsychiatrie avec en moyenne 2 praticiens pour 100 000 habitants de moins de 15 ans. Certains départements en sont même dépourvus, comme l’Allier ou le Cantal.
«On a un hiatus entre le constat qui est partagé, la prise de confiance aujourd’hui unanime et les moyens que l’on y met. On a certes une grande cause, mais aujourd’hui, on est un peu dans la grande glose», a regretté Eric Chenut. Parmi les initiatives mises en place par les deux partenaires, est notamment évoqué le développement d’un réseau de formateurs au Premier secours en santé mentale au sein des Unions régionales de la Mutualité Française.

