dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

Un tour de passe-passe ou la technique du sapeur Camember.

Hourra ! La dette de la Cades s’éteindrait plus vite.

Les propos laudateurs de France Trésor, des porte-parole de la caisse d’amortissement de la dette sociale, repris un peu bêtement par certains de nos confrères, font toutefois débat. Grâce à la gestion de la caisse, plutôt bonne il est vrai, grâce aux taux d’intérêt bas voire négatifs, en 2024, c’est juré promis, la Cades n’aura plus d’utilité.

Champagne, donc !

La réalité est moins rose. Qui a placé la Sécurité sociale française en déficit depuis 1986, trente ans, pour la seule assurance-maladie, depuis 2000 pour l’ensemble des branches du régime général ? Qui a fait payer aux cotisants et aux contribuables français quelque 260 milliards d’euros de déficits sur des prestations sociales et pour cause d’emprunts pas loin de 70 milliards d’euros d’intérêts inutiles si d’aventure les pouvoirs publics avaient fait preuve de responsabilité ? Se rend-on compte de ce que l’on aurait pu faire avec ces 70 milliards d’euros pour améliorer les soins, les équipements, les remboursements et maintenir le pouvoir d’achat des retraites et des prestations en espèces. Bref, donner le tonus dont elle a besoin à notre Sécu.

Allons au fond des choses. Rien ne garantit que le tableau idyllique d’amortissement de la dette sociale soit crédible pour cause de possible retournement des taux d’intérêt en raison de l’endettement mondial explosif. Plus encore, si la Cades va mieux, l’Acoss va moins bien. En fait, l’Etat ne peut plus transférer les déficits courants du régime général, 27 milliards d’euros cumulés d’ici à 2020 au dire du PLFSS 2018 et de la Cour des comptes, pour la simple raison que, concomitamment, il devrait augmenter les recettes affectées à la Cades. Alors que stocker plus
de 20 milliards d’euros de dette Acoss, gérée par des billets de trésorerie,
cela n’intéresse personne…Un tour de passe-passe ou la technique du sapeur Camember.

Enfin, laisser croire aux Français que les excédents à venir du régime général de Sécurité sociale vont servir à réduire l’endettement de la Cades contredit ce que le Parlement vient de voter dans la loi programme des finances publiques 2018-2022 (voir ESE 1120). Si la Sécu retrouve l’équilibre comptable, les bonis de recettes iront vers le budget de l’Etat pour rembourser les transferts de la Sécurité sociale vers l’Etat.

Un peu d’honnêteté sur l’histoire et les logiques d’acteurs ne nous empêche pas de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année et de vous retrouver le 11 janvier 2018

 


Initialement Publié dans ESE N°1122 – Illustration: Le sapeur Camember par Christophe
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