Madame, Monsieur le ministre,

Le 16 mai 2017, vous allez prendre vos fonctions.
Depuis plusieurs mois, peut-être plus, vous avez croisé, écouté de nombreux élus politiques, professionnels, experts, venus faire part de leurs souhaits, de leurs projets. Des ouvrages ont été publiés. Des propositions innombrables ont été formulées. Souvent étayées, parfois redondantes. On ne saurait vous cacher notre effarement quant à plusieurs suggestions de réforme, inutiles, dangereuses, voire loufoques. Tradition française oblige, d’autant que chaque potentiel réformateur renvoie la plupart du temps la paternité des défauts inhérents au système à son concurrent. Le public rejette les difficultés sur le privé et vice-versa. Rien de bien nouveau. N’oubliez pas que le champ de la santé apparait souvent comme un ensemble de villages gaulois, faits de particularismes exacerbés et protestataires par définition ! Ce qui complique toujours le débat et le passage à la réforme.
Déjà en 2007, nous plaidions dans un ouvrage pour une stratégie de mouvement, de déconcentration et de décloisonnement du système. En 2012, dans un second document, nous insistions sur les nouveaux paradigmes en santé et protection sociale, réitérant ainsi et complétant nos précédents propos. Le contexte était alors celui d’une sortie de crise économique étouffant la croissance et l’emploi. Notre propos d’alors se voulait ferme : 58% de prélèvements obligatoires rapportés au PIB, 35% de taux de dépenses sociales collectives, deux records du monde, exigeaient le courage politique de dire stop à cette logique mortifère. Depuis, les choses ont peu ou plutôt mal évolué. L’action chaotique de François Hollande et de ses gouvernements n’a pas permis de relancer l’économie. Le chômage massif persiste toujours, en dépit des allègements de charges et d’une politique budgétaire assez rigoureuse, inédite pour un gouvernement de gauche, sur le plan de la santé et de la protection sociale.
La santé n’échappe pas bien entendu à ces affres. Certes, depuis 2012, des progrès ont été accomplis. Nous devons faire la part des choses : le bilan de Marisol Touraine, ministre en poste depuis 5 ans, un record sous les IVe et Ve république, n’est pas le désastre décrié. Il n’est pas non plus enthousiasmant. Peu de crises sociales et sanitaires, certes, des comptes sociaux en lente amélioration, des amorces de modernisation. Nous n’en avons pas moins l’impression d’une vacuité, qui tient à la manière dont votre prédécesseur a conçu son rôle : une gestion centralisée, distanciée et très idéologique. Plutôt que de chercher à rassembler, Marisol Touraine n’a eu de cesse d’exacerber les frontières du système. Hospitalisation et complémentaires santé pour ne citer que ces exemples, sont caractéristiques de cette posture clivante. D’où cette attente unanime des acteurs du système pour le nouveau quinquennat : moins d’État, de réglementations, de tutelles, et davantage d’autonomie et de confiance envers les professionnels…

Lire la suite dans Espace Social Européen N°1105 du 17 février 2017

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