dans POLITIQUE DE SANTÉ

Prix du médicament, ralentissement des investissements dans la recherche, réglementation… Les sujets de clivage entre les pouvoirs publics et l’industrie pharmaceutique ne manquent pas. Marc de Garidel, président du G5 Santé et du laboratoire Ipsen, évoque pour ESE l’exemple italien sur ces aspects stratégiques.

 

Quel est le bilan de l’année 2016 pour les laboratoires pharmaceutiques français ?

Le bilan global est positif, avec une véritable dynamique portée conjointement par les grandes entreprises et les TPE-PME. Cette dynamique s’illustre notamment dans notre capacité à lancer des produits innovants de plus en plus efficaces pour l’accompagnement des patients dans leurs traitements. Le boom de l’innovation médicale de ces dernières années offre des perspectives incroyables aux malades comme à l’industrie. Dans ce contexte, les laboratoires français sont reconnus comme des acteurs majeurs de par leur capacité à adapter efficacement leurs organisations pour accompagner leurs stratégies de développement, mais aussi pour leur capacité à investir dans des start-up innovantes. Sur ce dernier point, notre virage stratégique consistant à allouer des fonds importants à des acquisitions extérieures porte ses fruits.

Une récente étude réalisée par le LEEM et KPMG montre que la France est progressivement distancée par ses voisins européens en matière d’investissement en recherche. Comment redresser cette situation ?

Il y a une double réalité : la France demeure un terreau attractif en termes de recherche. Notre savoir-faire scientifique est indéniable. Le caractère innovant de nos start-up est également reconnu, même si leur financement à terme est en question. L’autre réalité est que, malheureusement, nous reculons progressivement dans la compétition internationale. Pour exemple, nous constatons depuis cinq ans une dégradation notable des délais de mise sur le marché des produits de santé innovants. Nous étions, il y a encore peu, en tête par rapport à nos concurrents européens. Dorénavant, nous sommes à la 10e place en Europe en termes de délais d’accès au marché des médicaments, derrière les Britanniques et les Allemands. Nous comprenons le besoin de sécuriser les procédures, c’est tout à fait normal, mais doit-on pour autant rallonger continuellement les délais d’approbation, alors que la tendance européenne est plutôt à leur réduction ? Si nous n’évoluons pas, ce n’est bon ni pour les patients ni pour la santé économique de nos entreprises. L’ensemble des acteurs de l’industrie est prêt à se mobiliser pour conforter la place de la France dans les sciences de la vie.

Quelles sont les attentes des acteurs de l’industrie des nouvelles équipes gouvernementales ?

Nous voulons aller de l’avant et repartir sur de nouvelles bases avec les nouveaux décideurs politiques en place. C’est dans ce sens que nous avions présenté en début d’année, une plate-forme de propositions du G5 à l’ensemble des candidats à la présidentielle. L’idée centrale derrière cette initiative était de souligner le besoin vital d’installer une nouvelle dynamique entre notre industrie et les gouvernants pour les cinq prochaines années. Ce qui s’est passé en Italie entre le gouvernement Renzi et l’industrie pharmaceutique locale est un exemple pertinent du modèle à suivre. Que voulait le gouvernement italien ? Que l’industrie italienne cesse de délocaliser les unités de recherche et de production à l’étranger et développe ses activités sur son territoire. Les entreprises souhaitaient de leur côté un cadre réglementaire plus souple, une fiscalité favorisant l’investissement et une modernisation des processus de fixation des prix des médicaments. Au final, il y a eu accord entre les deux parties et désormais l’Italie nous est passée devant en termes de production de médicaments en Europe. Pourquoi ne pourrions-nous pas envisager un dispositif similaire en France ? Nous avons cinq ans devant nous pour que les acteurs politiques comprennent que l’industrie de santé est un secteur stratégique de premier plan pour l’économie et le système de santé français et non un simple levier d’économies au moment des arbitrages budgétaires pré-PLFSS. Nous sommes prêts à nous engager pleinement dans cette voie dans le cadre de la nouvelle mandature.

 

A RETENIR:

  • Nouveau quinquennat, nouveaux interlocuteurs : l’industrie pharmaceutique veut relancer le dialogue avec les pouvoirs publics
  • Vers un new deal pharma à l’italienne ? 

Crédit Photo: Philippe Chagnon / Cocktail Santé
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