dans PRÉVOYANCE

 

Un retour aux sources du mouvement mutualiste

 

 Dans les Hauts-de-France, la mutuelle Just’ multiplie les partenariats avec les communes afin de mettre en place des complémentaires santé pour leurs administrés. Ese a rencontré son président Philippe Mixe (également président de la Fnim), venu présenter ce dispositif lors des dernières Prospectives santé, organisées par le cabinet d’actuariat-conseil Actuaris.

 Depuis quand la mutuelle Just’ s’est-elle saisie du dossier des mutuelles communales et dans combien de municipalités est-elle implantée?

Ce sujet est né lors des dernières campagnes pour les élections municipales, en 2014. Pour les maires, le bénéfice politique est important, ils fournissent à leurs administrés des contrats de complémentaire santé à tarifs maîtrisés (en général via le centre communal d’action sociale) avec des prestations de qualité.

La santé ne fait pas partie de la compétence municipale, le dispositif échappe donc à des procédures d’appels d’offres fastidieuses. Nous sommes plutôt dans un appel à partenariat.

La mutuelle Just’ s’est vite engagée dans cette aventure et couvre plus d’une centaine de communes pour 5 000 adhérents dans les Hauts-de-France. Le sujet est transversal à la fois par la taille des municipalités concernées, du petit village à la grande ville (Valenciennes, Marcq-en-Baroeul, Arras, ou encore la communauté urbaine de Dunkerque), et également sur le plan politique.

Comment est organisée la mutualisation ? Quels sont les publics visés ?

 Notre offre standard est la même pour toutes les communes, ce qui permet une mutualisation large dans les Hauts-de-France. Construire des offres spécifiques à chaque village est évidemment impensable, mais cette démarche peut être adaptée dans des grandes villes ou agglomérations.

Les assujettis à l’Ani sont déjà couverts par un contrat collectif obligatoire, en revanche leurs ayants droits non pris en charge peuvent-être concernés. Tout comme les jeunes, les sans-emplois, les TNS et les indépendants, ainsi que les seniors. Nous devons aussi répondre à la problématique de l’ACS. Or, la mutuelle Just’ adhère à la Fnim qui a créé une UGM permettant aux mutuelles de terrain de diffuser une offre (retenue par les pouvoirs publics) dans ce cadre.

La commune communique directement auprès de ses administrés. La mutuelle réalise donc une économie substantielle au niveau des coûts d’acquisition, répercutée sur la tarification.

Ces mutuelles représentent une forme de retour aux sources du mouvement mutualiste: territorialité, cohésion, esprit de groupe. Les administrés des communes viennent très nombreux aux réunions d’information. Elles nous permettent de remettre au cœur du débat les spécificités du mutualisme par rapport aux autres acteurs de la complémentaire santé. Nous voulons profiter de ce lien nouveau avec une population pour l’impliquer dans la vie mutualiste.

Pratiquez-vous une différenciation des tarifs ?

 Nous avons adressé à certaines mairies, à leur demande, des propositions de tarification avec un vrai positionnement de solidarité intergénérationnelle. J’y suis vraiment très attaché, mais sa mise en œuvre est compliquée compte tenu des logiques trop consuméristes de la profession, et de l’encouragement des pouvoirs publics à la démutualisation.

Si les seniors sont très intéressés, les jeunes raisonnent malheureusement dans leur intérêt immédiat. Nous avons donc dû rééquilibrer les contrats.

Ces dispositifs ne font pas l’unanimité chez tous les acteurs, pourquoi ?

 La Fnim est favorable à ce type d’approche, mais ce n’est pas le cas de tout le mouvement mutualiste. Certains pointent le risque de « cannibalisation » des adhérents par une offre plus attractive tarifairement, mais moins satisfaisante en termes de résultats techniques pour la mutuelle.

Cette question peut se poser, mais lorsqu’une mutuelle est référencée par une commune son champ d’intervention est ouvert, avec notamment les agents de la collectivité territoriale. Cela permet aussi de rencontrer légitimement les acteurs économiques et associatifs, qui sont confrontés à l’Ani.

Il est encore un peu trop tôt pour porter un jugement définitif sur l’équilibre des contrats, même si les tendances sont prometteuses. Un vrai bilan pourra être établi d’ici 2 à 3 ans, à échéance du mandat municipal.


Article paru dans ESE n°1111 du 12 mai 2017 – Photo: Philippe Chagnon / Cocktail Santé
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