dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

Sortons un instant du débat sur la SNCF. Pour évoquer le rapport de Cédric Villani, député LREM, sur l’intelligence artificielle (IA), qui élève le débat national en ces temps troublés. Le parlementaire mathématicien étonne par son style et sa démarche aussi chaloupée que puissante, pour ses fulgurances préfiguratrices d’avenir.

La santé est en tête des potentiels. L’IA permettra de meilleurs soins pour un coût optimisé. Le pré-diagnostic médical sera une aide à l’orientation du soignant, à la décision thérapeutique et favorisera l’innovation. Moteurs de l’IA, les données de santé. Pour ce faire, le rapport multiplie les solutions avec une reconfiguration de l’architecture du système national des données de santé (SNDS), l’accès aux données hospitalières harmonisées, l’interopérabilité des systèmes d’information, la dynamisation du fameux DMP (jugé plus efficient que les informations émises par le Sniiram de la Cnam) et, bien évidemment, la qualification, donc la formation des professionnels de santé, médecins en tête. En filigrane du rapport, Emmanuel Macron annonce la création d’un « hub » des données de santé.

Sans vouloir être rabat-joie, constatons que les obstacles à ce projet grandiose sont légion. A commencer par les pesanteurs institutionnelles du système de soins, bien connues. Mais aussi les réticences culturelles des acteurs, ancrées dans des territoires corporatifs. Par définition, l’IA ne peut se déployer selon un seul schéma central et univoque. La Grande-Bretagne vient de renoncer à faire du National Health Service (NHS) le domaine de prédilection d’un projet d’IA au motif d’un coût exorbitant et de son impossibilité médico-technique.

Faut-il alors emprunter un tel chemin ? D’autant qu’il n’est pas crédible de concevoir un tel projet en l’absence d’un saut qualitatif de compétences, de pratiques professionnelles et d’organisation dans l’informatisation des acteurs de santé. Là, on est très loin du compte. Ne devrait-on pas, en premier lieu, choisir des voies plus efficientes et indispensables que sont quelques grandes pathologies comme le cancer pour mobiliser des équipes compétentes sur la base d’expérimentations de portée significative ? A vouloir tout embrasser « à la française », on risque de s’éterniser dans des querelles subalternes au risque de réduire les chances potentielles d’une médecine régénérée dans ses pratiques au service des patients. Un scepticisme de mauvais aloi ? On verra.

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