dans POLITIQUE DE SANTÉ

Notre jury d’experts vous a élu « meilleur parlementaire » santé/social du dernier quinquennat, quelle est votre réaction à cette récompense ?

C’est avant tout une satisfaction personnelle. Au travers de cette récompense, il y a la reconnaissance d’un engagement constant du parlementaire que je suis sur les dimensions budgétaires et d’organisation de notre système de santé. Je suis d’autant plus heureux d’obtenir cette reconnaissance que j’ai le profond sentiment que j’aurais pu aller plus loin dans mon action et qu’on a pu parfois essayer de me freiner. Être député d’une majorité politique où les courants sont parfois divergents, voire en opposition, sur les questions sociales et de santé relève d’un exercice d’équilibriste. Mais cela ne m’a finalement pas empêché d’intervenir sur des sujets d’importance tels que l’assurance maladie, la sécurité sanitaire, le numérique de santé, la prise en charge des victimes d’accidents sanitaires.

Quel bilan faites-vous de ce quinquennat ?

Le bilan est globalement positif même si tout n’a pas été parfait. Sur le plan des affaires sociales, il est incontestable que la réduction des déficits est à porter au crédit du gouvernement. Nos déficits sont enfin redevenus maitrisables ! Toutefois, je regrette le fait que le ministère soit lié à Bercy pour tout ce qui relève du champ des prestations sociales. Certaines mesures ont conduit à des économies parfois injustes, à l’instar du retardement du versement de la prime à la naissance qui pénalise les familles modestes. Sur le plan santé, des mesures importantes ont été prises en matière de santé publique et la réforme de l’hôpital va dans le bon sens avec la création des GHT. Mais j’ai également un profond regret : on aurait dû commencer le quinquennat en abordant la question de l’ambulatoire et la place du généraliste dans l’organisation des soins. Nous avons abordé cette problématique avec retard. Les déserts médicaux se sont étendus. La loi « Santé » est arrivée tardivement et aurait dû être davantage négociée en amont avec les professionnels de santé et les parlementaires. On aurait ainsi pu éviter certaines incompréhensions et gagner en lisibilité. Enfin, nous avons également trop tardé sur le dossier du DMP qui aurait dû être abordé plus tôt. Il aura fallu attendre près de 3 ans pour enfin confier son pilotage à la Cnamts. Je regrette aussi le retard sur tout ce qui relève de la sécurisation des flux de messagerie et sur le développement de la télémédecine.

Quels seront les principaux marqueurs laissés par cette législature socialiste ?

 Deux actions me semblent pertinentes à souligner. D’abord, il y a une véritable volonté de la part des pouvoirs exécutifs et législatifs de restaurer la place de l’hôpital public dans sa mission de service public et ceci dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Je me réjouis de cette initiative même si on aurait agir plus tôt pour l’accompagnement professionnel et social des agents dans le contexte d’intensification des cadences et de la numérisation. Autre mesure qui va dans le bon sens, la généralisation du tiers-payant. Cette pratique qui existait déjà chez certains praticiens est positive pour l’accès aux soins. Mais encore une fois, il aurait fallu dialoguer avec les syndicats représentatifs en amont pour comprendre leurs inquiétudes et proposer une démarche plus consensuelle.

A vos yeux, quelles sont les priorités du futur ministre de la santé ?

Il y en a plusieurs car notre secteur est à un croisement de son évolution. La question de la chronicité apparait comme liée à l’environnement : prévention et santé environnementale sont devenues des priorités essentielles. Les questions du prix du médicament comme l’amélioration de la prise en charge des victimes d’accident sanitaires s’imposent aussi. Sur l’organisation des soins, la réforme des GHT doit aller au bout avant de dresser des bilans. La seconde priorité est de favoriser les soins primaires en aidant les généralistes dans la gestion des taches administratives. La piste de création d’un fonds d’intervention au sein du FIR, favorisant les groupements de professionnels autour d’une structure commune, me semble intéressante. La troisième priorité est d’enfin franchir le pas en matière de télémédecine et d’utilisation du DMP et d’arrêter d’accumuler les phases d’expérimentations. Enfin, la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique et terminale (IRCT) et de l’ostéoporose doivent faire l’objet de plans de santé publique.


Article publié dans le N°1107 du 17 mars 2017. Photo: Philippe Chagnon/ Cocktail Santé
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