dans LIBRES PROPOS & ÉDITOS

Gilets jaunes, allons à l’essentiel, au-delà des propos et des postures de circonstance souvent démagogiques. L’essentiel est évidemment la légitimité de cette protestation.

Quiconque a vécu, traversé ces centaines de communes situées à la périphérie de nos villes, aux lisières du monde économique et social des métropoles, ne peut qu’être frappé par les déserts qu’elles sont devenues. N’existe plus rien, ou presque : ni service public, ni accès aisé au numérique et à la 4G, ni entreprises ni artisanat, ni commerces, ni soins, rien ou si peu.

Pierre Vermeren, historien, dans son juste papier du Figaro du 22 novembre à propos des mutations de Bordeaux et de la Gironde, résume tout. Un immobilier coûteux et inaccessible au centre-ville voire en proche périphérie, des frais de transport alors plus contraints (corollaire d’un réseau routier surencombré matin et soir) parfois que ceux de l’alimentation, conséquence d’une concentration et d’une tertiairisation de l’économie (les bas salaires aidés, trappes à pauvreté) avec ses aspects sociaux et médicaux.

Que faire ?

Toutes les mesures allant dans le sens de la facilitation des modes de transport sont bonnes. Mais le mal est plus profond et ne peut que s’aggraver avec l’économie numérique à venir. On ne peut que constater un certain échec de conception des politiques publiques dans les domaines économiques, sociaux (l’inégalité des aides à l’emploi de services à domicile, sans parler de la formation professionnelle). Parce que centralisée et donc technocratique. Des délais incommensurables et des procédures incompréhensibles aussi.

Un gaspillage d’argent également.

Les 80 milliards d’euros des plans banlieues pour de faibles impacts réels, les 100 milliards d’euros annuels de la politique de l’emploi (30 Ks € de dépense par demandeur d’emploi) et le plus mauvais ratio en Europe, l’avalanche des aides à la démographie des professions de santé pour de bien piètres résultats pour ne citer que ces cas assez symptomatiques.

Si nous voulons faire encore société avec nos compatriotes, alors il faut autre chose et autrement. Différencier et décentraliser les actions, motiver et responsabiliser les élus de terrain, mettre fin à une conception arrogante de la politique nationale. Pas besoin de plus d’argent public, mais d’une profonde réorientation de l’action économique et sociale de l’Etat.


Edito de ESE n° 1142 du 13 décembre 2018 – Illustration: Freepik
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