Après Mondovino, et Le Monde selon Monsanto, voici “Mondosano” : le monde selon le professeur Guy Vallancien, un paysage sanitaire constitué de 5000 maisons de santé communautaires.
Pour faire face à l’extrême parcellisation de la médecine ambulatoire actuelle, le déploiement des maisons de santé constitue « une urgence politique majeure ». Tous les acteurs de santé doivent exercer regroupés dans un édifice dédié, consacré au culte de la communion de toit, de pensée et d’information, qui n’a point de salut en dehors de la maison de santé, le DMP national étant « une utopie qui ne fonctionnera jamais ! ».
« Le petit supermarché sanitaire du coin » constituera l’offre sanitaire de la population qui s’y rendra soit par ses propres moyens, soit par des moyens de transports en commun qui assureront le ramassage sanitaire. « Dans les communautés de communes, nous avons bien les moyens d’effectuer le ramassage scolaire, faisons la même chose avec les personnes âgées entre 10 heures le matin et 16 heures l’après-midi pour les conduire à la maison de santé. » Il est juste fortement déconseillé d’avoir des difficultés à se déplacer, car seules les personnes valides auront accès aux soins. En effet, le professeur Vallancien considère que la visite à domicile est totalement obsolète que « cette pratique doit disparaître. »
Le supermarché sanitaire pourra tout à fait être franchisé. Certains industriels ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à s’engager. Ainsi, des constructeurs immobiliers pourront s’organiser en enseignes de santé et proposer des services mutualisés de gestion et d’informatique. « Nous entrons dans l’ère de l’industrialisation des soins et de la santé, une industrie de services sanitaires. » Tous les corps de métier seront représentés dans ces PME qui emploieront une dizaine de médecins et une trentaine de paramédicaux pour un service de type plateforme en santé.
Les maisons de santé vont devoir pousser comme des champignons pour atteindre le nombre voulu de 5000, reste à se demander s’ils seront hallucinogènes. En tout cas, ils seront bien éclairés, de vraies veilleuses. Et comme pour les enfants qui dorment tranquilles quand la lumière est allumée dans le couloir, la population n’aura pas de besoins sanitaires en urgence les week-ends par le simple fait de savoir que la lumière est allumée dans la maison de santé. « L’organisation sanitaire réduit l’angoisse et diminue les appels. Quand on sait que la lumière reste allumée jour et nuit, on n’appelle plus le docteur pour 22€ la consultation. »
Ceux qui pensent que la médecine de ville peut encore s’exercer en dehors des maisons de santé sont invités à se retirer. « Seule la jeune génération le comprend, c’est sur elle qu’il faut faire reposer cette réorganisation. » La génération actuellement en place, parfois réfractaire, est sur le point de disparaître. « Je ne m’intéresse pas à ceux qui ont mon âge, laissons-les vivre ou laissons-les mourir ! » Leurs réactions ne sont que des soubresauts d’un système ambulatoire agonisant, qui supplie son bourreau de lui accorder encore cinq minutes de vie. C’est l’image prise par le professeur pour évoquer le système conventionnel « à bout de souffle ». Le souffle nouveau vient de la jeunesse qui se démarque fondamentalement de ses aînés.
Le discours est presque évangéliste, le professeur Vallancien n’avait-il pas précédemment qualifié les maisons de santé “d’églises de demain”. Ces sanctuaires de santé seront dirigés par un nouveau clergé médical entouré de “corps de métiers annexes” dont les kinés, les infirmiers, ou encore les esthéticiennes ! Prôner les temps modernes, c’est bien le registre utilisé par le prêcheur Vallancien. Quitte à brûler sur le bûcher ce qui a fait le succès et la qualité des soins français. La génération en place, attachée à ses principes de flexibilité, de proximité, de singularité est considérée comme hérétique. Par le passé pourtant, l’histoire a prouvé que l’inquisition était parfois aveugle dans ses châtiments. À pratiquer la technique du brûlis, on se rend souvent compte, mais trop tard, ô combien la terre était fertile avant.
Bienvenue dans le monde mythique des maisons de santé communautaires, au pays de Mondosano !


Philippe Tisserand
président de la fédération nationale des infirmiers libéraux
Mondosano, les fables du professeur Vallancien