Remettre en cause la possibilité de partir en retraite
à 60 ans mérite, au minimum, un vrai débat, tant
l’affaire est complexe et mal appréhendée.
Ainsi, ceux qui partent à 60 ans sans avoir acquis des
droits pleins perdent de l’argent en raison du mécanisme
de décote qui s’applique à leurs pensions. Une
conséquence logique du libre choix de chacun. L’âge
moyen de liquidation des droits dans le privé est
d’ailleurs plutôt de 61,5 ans. Après les vagues de départs
anticipés, permises à juste titre par la loi Fillon de 2003,
l’âge moyen remontera automatiquement à environ 62
ans. Et cet âge continuera à s’élever, à moins que les salariés
ne sacrifient encore leur niveau de pension. De plus,
près des deux tiers des personnes ne sont plus en activité
lors de leur départ en retraite. Et si l’âge moyen de
départ en retraite stagne à 59 ans, c’est parce que les
fonctionnaires partent plus tôt que les salariés du privé et
surtout, que l’âge moyen de départ dans les régimes spéciaux
du secteur public reste très bas. Ce sont donc les
salariés du privé, dont le rapport cotisations/prestations
est le plus défavorable, qui sont les plus solidaires
puisqu’ils compensent les régimes publics déficitaires et
paient les pensions d’État par leurs impôts.
On y ajoutera qu’en matière de retraite, gouvernement et patronat pourraient balayer devant leurs portes avant de faire de la morale publique ! Qui est responsable, en effet, dans notre pays du gâchis d’un emploi des 55-64 ans parmi les plus bas d’Europe ? Qui n’embauche pas les salariés de plus de 50 ans, voire moins, en France ? Qui a créé une culture du départ anticipé dans les entreprises ? Qui tergiverse sur la négociation en matière de pénibilité ? Qui est en train de saccager le Fonds de réserve des retraites en refusant de lui donner les moyens de sa montée en puissance ? Qui refuse de réformer l’assurance chômage pour traiter dignement la situation des demandeurs d’emploi de 55 ans qui ne peuvent faire valoir leur droit à pension ? Qui dénie toute possibilité de faire fonctionner le système des préretraites progressives ? Qui appauvrit le Fonds de solidarité vieillesse en lui piquant les maigres recettes dont il disposait ? Qui refuse des financements complémentaires pour la retraite, par exemple en ne taxant pas les niches sociales alors que ce ne serait qu’équité socio-fiscale ?
Si Nicolas Sarkozy veut traiter de l’après 60 ans, pourquoi pas, mais avec honnêteté intellectuelle et équité dans les responsabilités et les actes.


Editorial