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Surprise, les Français ne sont pas les européens fréquentant le plus les services hospitaliers d’urgence. Les derniers chiffres publiés par l’Inami (équivalent belge de l’Uncam) font apparaître que nos voisins Belges devancent la France. À l’inverse des Pays-Bas ont un système exemplaire de parcours de soins.

L’épisode grippal du mois dernier a, une fois de plus, mis en lumière l’épineux dossier de l’accès aux urgences en France. Recours trop systématique aux services hospitaliers d’urgences, problèmes d’organisation avec les soins primaires de ville… de nombreux constats ont encore été faits, tant sur les conséquences financières que médicales, pour déplorer le fait que les Français sont (au moins médiatiquement) perçus comme les champions d’Europe dès qu’il s’agit d’aller à l’hôpital pour des soins ne le nécessitant pas.

En réalité, nous ne sommes que vice-champions en la matière car les Belges nous devancent légèrement au palmarès européen (cf. tableau ci-dessous). Ce constat se traduit tant sur le plan des structures en secteur hospitalier, près de 70% des hôpitaux belges sont équipés d’un service d’urgence contre 41% en France (hors établissements privés), qu’en matière de statistiques de fréquentation des services d’urgence avec 290 passages pour 1000 habitants en Belgique contre 279 chez nous. Les chiffres belges sont d’autant plus étonnants que les « petits » pays ont globalement apporté des réponses plus aisées et cohérentes aux problématiques d’organisation de l’accès aux soins. Les exemples néerlandais et danois, basés sur une articulation entre les soins de ville et soins hospitaliers pilotée par une médecine généraliste actrice centrale de la chaine de soins, démontrent depuis plusieurs années l’efficience de cette approche. Véritables chefs d’entreprise, les médecins néerlandais se sont par exemple organisés depuis plusieurs années pour créer des structures de garde et de services d’urgence de premier niveau faisant office de sas avant un éventuel accès à l’hôpital. À rebours, l’Angleterre affiche des résultats proche de la France avec un système de soins pensé et centré autour de l’hôpital (le système britannique est le plus « hospitalo-centré » d’UE). S’il existe une médecine générale de ville, l’accès à une médecine spécialisée se fait principalement via l’hôpital.

La bonne recette hollandaise ?

Mais quid de l’après passage aux urgences ? Les statistiques révèlent que la prise en charge en amont des patients néerlandais par des structures de garde de proximité avant une éventuelle orientation vers des services hospitaliers d’urgence se traduit par un pourcentage d’hospitalisation du patient en bout de processus de près de 10 points supérieurs à celui que l’on constate en France (32% contre 21,7%). Ces chiffres démontrent que si la solution envisagée par les autorités belges de se rapprocher du modèle de leur voisin flamand en créant des dispositifs ambulatoires de prise en charge d’urgence est loin de répondre parfaitement à la problématique de la trop grande fréquentation des services d’urgence hospitalier, elle n’en demeure pas moins qu’elle est la plus efficace actuellement au plan européen. En France, le débat sur l’organisation des urgences hospitalière n’a été qu’effleuré par les principaux candidats à la présidentielle. Dossier trop sensible à un mois du premier tour ou manque de vision ? la réponse reste pour l’instant en suspens.

 

(nb : les chiffres français incluent uniquement les établissements publics)

À Retenir

  • Les Belges ont un taux moyen de passage aux urgences supérieur à celui des Français
  • Comment « limiter » le passage aux urgences pour les soins ne le nécessitant pas : repenser l’organisation des prises en charge aiguës non planifiées en mettant les médecins de ville au centre du dispositif

Article paru dans le n° 1108 d’Espace sociale Européen –  Crédit Photo: DR

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